|
Elles avaient quitté l'auberge et marchaient dans les ruelles, passant devant échoppes, maisonnettes, et tout le toutim qu'on rencontrait aux abords des rues d'un village. Et Sian pensait toujours à la même chose ; elle aurait pu enlacer sa compagne, mais elle ne l'avait pas fait. La peur, le monde, pas l'habitude de ce genre de démonstration d'affectivité ? Peut être. On pouvait se faire tant de raisons d'un acte que l’on n’avait pas accompli. Depuis qu'elle avait gentiment refoulé son amie, celle-ci n'avait pas rouvert la bouche, et Sian s'en inquiétait. Avait-il été si important pour Laëticya de la prendre dans ses bras ? Ou peut être était-ce une autre raison... ou encore Sian se trompait-elle, et la jeune femme n'était absolument pas triste et n'avait tout simplement rien à dire. Peu probable, cependant ; Sian n'était pas vraiment douée d'empathie, mais elle ressentait comme une infime tristesse en sa compagne. Peut être encore une fois interprétait-elle mal. Toujours est-il que Laëticya s'exclama sur un ton étrangement haché - sûrement à mettre sur le dos de la fatigue - qu'elle était fatiguée et qu'elle n'aspirait qu'à dormir. Sian, compatissante, s'exclama :
"Ne t'inquiète pas, nous n'en avons plus pour long. C'est même par là ..."
Elle bifurqua brusquement à droite, se retrouvant sur un pont suspendu au dessus de l'eau du lac, qui menait à une autre partie du village, plus résidentielle que la précédente. Elles traversèrent, dépassèrent encore quelques maisons, et Sian s'arrêta enfin sur le pas de la porte de l'une d'elle. La porte, justement, était taillée dans un bois fin et clair ; petite, elle n'imposait pas, mais semblait tout de même solide. Et Sian l'ouvrit. Manifestement, la porte n'avait pas été fermée au préalable... Il n'y avait pas d'entrée, on débouchait directement dans une sorte de cuisine, pour l'instant plongée dans la pénombre. Sian s'avança vers ce qui semblait être un plan de travail et y attrapa... ce qui aurait pu ressembler à une lampe à pétrole. Elle l'ouvrit, y saupoudra une sorte de petite poudre orangée, attrapa une boite d'allumette, et laissa tombée celle qu'elle alluma à l'intérieur de la cage de verre. Puis referma aussitôt. Dès que la petite flamme toucha la poudre orangée, il y eut comme un léger éclair, et la lampe, envahit d'une puissante flamme, éclaira parfaitement la pièce. Ce qui semblait être une cuisine était aussi une sorte de salon, et la pièce semblait s'être agrandit. Satisfaite, Sian posa ses affaires contre l'un des meubles, et se tourna vers Laëticya, radieuse d'être de retour chez elle :
"Voilà ... cette maison appartenait à ma mère, avant. Hum, ca ne devrait pas être trop le bazar, il me semble avoir rangé avant de partir... demain matin, j'irais faire des emplettes pour remplir acceptablement les placards vides."
Un petit "Tiouk" retentit derrière elles, et Keith qui s'était improvisé une sieste dans le sac de Sian en sortit, et fila comme une flèche dans l'escalier en colimaçon qui menait à un deuxième étage, manifestement. Sian regarda la boule rousse disparaître, puis se tourna vers Laëticya :
"Ma chambre se trouve à l'étage. Et... c'est la seule de la maison. Mais je t'arrangerai un coin dans le salon... y'a toujours de la place o/ ! Ah, et au fait..."
Sian fit quelques pas vers la jeune femme, ouvrit les bras, et les referma sur le dos de sa compagne. Elle eut alors l'étrange sensation que la température de la pièce venait bien de prendre une dizaine de degrés d'un coup, mais ne s'en formalisa pas, toute absorbée par les courbes de son amie qu'elle sentait contre les siennes. Frissonnante, elle posa sa tête au creu du cou de la jeune femme, y nicha son nez, humant le doux parfum qui s'en dégageait. L'étreinte était douce, presque amical, mais d'une telle sensualité qu'on ne pouvait s'y tromper : il y avait plus que de l'amitié en jeu là dedans. Ne pouvant s'en empêcher, Sian effleura de ses lèvres la douce peau de la nuque de Laëticya, entrouvrant légèrement la bouche, comme si elle hésitait à la croquer... Semblant se rendre compte de son geste, Sian mit fin à l'étreinte avant de ne se laisser aller si facilement. Elle eut comme une sorte de vertige désagréable en quittant les bras de la jeune femme. Elle la regarda dans les yeux, et lui sourit timidement, mais sincèrement.
" Je n'étais peut être pas très à l'aise, tout à l'heure... excuses moi d'avoir ainsi refusé sans raison valable. Je suis contente de t'avoir en ma compagnie et d'avoir fait ta connaissance ! Saches le..."
_________________
 Village : Shinkirô no sato Chuunin/17 ans/1m55/46 kilos
|